C’est
dans le cadre prestigieux du Château de Montvillargenne à Gouvieux-Chantilly
(Oise) que le Symposium RDPLF (Registre de Dialyse
Péritonéale de Langue Française)
a pris l’habitude d’inviter les spécialistes
de la dialyse péritonéale français
et leurs amis francophones à exposer leurs travaux
et discuter les avancées de leur spécialité.
Parmi les points forts de cette année, nous retiendrons
principalement :
• D’une part, la création de deux
nouveaux modules dans le cadre du RDPLF : anémie
et évaluation du bilan phosphocalcique chez les
patients en DP. Cela permettra de poursuivre et d’améliorer
le rôle du RDPLF dans le cadre de la démarche
qualité, et ainsi, pour chaque centre, de pouvoir
se situer par rapport aux recommandations, notamment
européennes, formulées dans ces deux domaines.
Cela vient compléter la gamme des modules actuellement
disponibles et permettra de cibler encore davantage les
critères de dialyse adéquate de nos patients.
• Par ailleurs, un certain nombre de mises au
point ont été faites. Notamment, si le
nombre de patients en DP stagne en France aux alentours
de 9 %, on observe que l’âge moyen des patients
diminue sensiblement. En effet, de plus en plus de patients
jeunes sont mis en DP – pour une durée d’environ
1 à 3 ans – dans l’attente d’une
transplantation rénale. Le frémissement
que l’on constatait depuis peu est actuellement
en train de se concrétiser. C’est plutôt
encourageant pour l’avenir de la technique.
• Un autre élément à prendre
en considération est l’abandon plus ou moins
rapide des solutions peu biocompatibles au profit des
solutions de dialyse biocompatibles à pH physiologique.
En effet, être traité en DP au-delà de
5 ans est problématique du fait du vieillissement
prématuré de la membrane péritonéale à cause
des solutions peu biocompatibles. L’abandon progressif
de ces solutions est un progrès, et ce d’autant
plus que certains patients jeunes, candidats à la
transplantation rénale, vont probablement devoir
un jour reprendre la dialyse quand leur greffon ne sera
plus fonctionnel (environ 50 % au-delà de 12-15
ans). Il est donc important de préserver leur
membrane péritonéale. En outre, il a été montré que,
statistiquement, les patients traités par DP avant
transplantation préfèrent reprendre une
technique qu’ils connaissement bien, la DP, plutôt
que l’hémodialyse. Alors, comme l’a
fort justement dit Eric Boulanger, “ il faut être
gentil avec les cellules mésothéliales ”.
C’est ainsi qu’un laboratoire vient d’abandonner
complètement les solutions dites “ conventionnelles ” et
ne commercialisera plus que les biocompatibles. Avec
le temps, le frein financier engendré par les
solutions plus biocompatibles, plus onéreuses,
est en train de se dissiper.
• Le quatrième point fort de ce symposium
est le développement de la télémédecine,
notamment avec le procédé DiatélicTM
qui permet un suivi à distance des patients en
DP. À Nancy, où le procédé est
expérimenté, les résultats montrent
déjà une forte baisse de la morbidité,
de la fréquence et de la durée des hospitalisations
de ces patients. Aujourd’hui, ce procédé est à l’essai
dans 5 ou 6 centres. Il ne s’agit cependant pas
de proposer la télémédecine via
internet à tous les patients. Il faudra cibler
ceux qui nous posent le plus de problèmes afin
de les suivre de façon régulière
et ainsi diminuer l’incidence des complications
et le nombre d’hospitalisations en urgence.
La
DP est une technique sous-utilisée en France
comme dans la plupart des pays développés.
Parmi les explications possibles, l’une tient à la
formation des internes à la technique. Si la DP
est enseignée à l’université,
elle n’est pas forcément développée
par la suite par les universitaires. Il existe alors
un souci quant à la relève par les jeunes
générations de néphrologues. Il
faut donc stimuler la formation des internes et favoriser
leur mobilité dans une structure de néphrologie
afin qu’ils puissent se former à la DP.
À
partir des nouveaux décrets régissant la
prise en charge de l’insuffisance rénale
chronique, les SROS (schémas régionaux
d’organisation sanitaire) ont été mis
en place ; ces schémas fixent dans chaque région
la proportion de patients qu’il est licite d’orienter
vers la DP (entre 15 et 20 %). Dans certaines régions
comme la Basse-Normandie, l’Alsace et la Franche-Comté,
ces chiffres sont largement atteints ; les autres régions
devront faire des efforts pour suivre les décrets.
On ne connaît pas encore quelles pourraient être
les mesures de rétorsion en cas de non applications
des décrets. Pour information, rappelons qu’en
Belgique, quand les objectifs ne sont pas atteints, le
financement de la dialyse est diminué en conséquence…
Pr
Jean-Philippe Ryckelynck
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