Les points forts du VIIIe Symposium RDPLF
Par le Pr Jean-Philippe Ryckelynck
 

C’est dans le cadre prestigieux du Château de Montvillargenne à Gouvieux-Chantilly (Oise) que le Symposium RDPLF (Registre de Dialyse Péritonéale de Langue Française) a pris l’habitude d’inviter les spécialistes de la dialyse péritonéale français et leurs amis francophones à exposer leurs travaux et discuter les avancées de leur spécialité.
Parmi les points forts de cette année, nous retiendrons principalement :

• D’une part, la création de deux nouveaux modules dans le cadre du RDPLF : anémie et évaluation du bilan phosphocalcique chez les patients en DP. Cela permettra de poursuivre et d’améliorer le rôle du RDPLF dans le cadre de la démarche qualité, et ainsi, pour chaque centre, de pouvoir se situer par rapport aux recommandations, notamment européennes, formulées dans ces deux domaines. Cela vient compléter la gamme des modules actuellement disponibles et permettra de cibler encore davantage les critères de dialyse adéquate de nos patients.

• Par ailleurs, un certain nombre de mises au point ont été faites. Notamment, si le nombre de patients en DP stagne en France aux alentours de 9 %, on observe que l’âge moyen des patients diminue sensiblement. En effet, de plus en plus de patients jeunes sont mis en DP – pour une durée d’environ 1 à 3 ans – dans l’attente d’une transplantation rénale. Le frémissement que l’on constatait depuis peu est actuellement en train de se concrétiser. C’est plutôt encourageant pour l’avenir de la technique.

• Un autre élément à prendre en considération est l’abandon plus ou moins rapide des solutions peu biocompatibles au profit des solutions de dialyse biocompatibles à pH physiologique. En effet, être traité en DP au-delà de 5 ans est problématique du fait du vieillissement prématuré de la membrane péritonéale à cause des solutions peu biocompatibles. L’abandon progressif de ces solutions est un progrès, et ce d’autant plus que certains patients jeunes, candidats à la transplantation rénale, vont probablement devoir un jour reprendre la dialyse quand leur greffon ne sera plus fonctionnel (environ 50 % au-delà de 12-15 ans). Il est donc important de préserver leur membrane péritonéale. En outre, il a été montré que, statistiquement, les patients traités par DP avant transplantation préfèrent reprendre une technique qu’ils connaissement bien, la DP, plutôt que l’hémodialyse. Alors, comme l’a fort justement dit Eric Boulanger, “ il faut être gentil avec les cellules mésothéliales ”. C’est ainsi qu’un laboratoire vient d’abandonner complètement les solutions dites “ conventionnelles ” et ne commercialisera plus que les biocompatibles. Avec le temps, le frein financier engendré par les solutions plus biocompatibles, plus onéreuses, est en train de se dissiper.

• Le quatrième point fort de ce symposium est le développement de la télémédecine, notamment avec le procédé DiatélicTM qui permet un suivi à distance des patients en DP. À Nancy, où le procédé est expérimenté, les résultats montrent déjà une forte baisse de la morbidité, de la fréquence et de la durée des hospitalisations de ces patients. Aujourd’hui, ce procédé est à l’essai dans 5 ou 6 centres. Il ne s’agit cependant pas de proposer la télémédecine via internet à tous les patients. Il faudra cibler ceux qui nous posent le plus de problèmes afin de les suivre de façon régulière et ainsi diminuer l’incidence des complications et le nombre d’hospitalisations en urgence.

La DP est une technique sous-utilisée en France comme dans la plupart des pays développés. Parmi les explications possibles, l’une tient à la formation des internes à la technique. Si la DP est enseignée à l’université, elle n’est pas forcément développée par la suite par les universitaires. Il existe alors un souci quant à la relève par les jeunes générations de néphrologues. Il faut donc stimuler la formation des internes et favoriser leur mobilité dans une structure de néphrologie afin qu’ils puissent se former à la DP.

À partir des nouveaux décrets régissant la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique, les SROS (schémas régionaux d’organisation sanitaire) ont été mis en place ; ces schémas fixent dans chaque région la proportion de patients qu’il est licite d’orienter vers la DP (entre 15 et 20 %). Dans certaines régions comme la Basse-Normandie, l’Alsace et la Franche-Comté, ces chiffres sont largement atteints ; les autres régions devront faire des efforts pour suivre les décrets. On ne connaît pas encore quelles pourraient être les mesures de rétorsion en cas de non applications des décrets. Pour information, rappelons qu’en Belgique, quand les objectifs ne sont pas atteints, le financement de la dialyse est diminué en conséquence…

Pr Jean-Philippe Ryckelynck

 


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